Nguyen Van Rinh: Dès 1966 jusqu’à la fin de la guerre, je me suis battu sur les champs de batailles du Vietnam du Sud. En 1964, les Etats-Unis ont commencé à bombarder le Vietnam du Nord. Cette guerre fut une terrible catastrophe. Les bombardements, l’utilisation de gaz toxiques, ont laissé des dégâts terribles qui sont encore visibles et se font sentir encore aujourd’hui. On ne peut presque pas se l’imaginer. Actuellement encore, des humains meurent des suites de cette guerre qui s’est terminée il y a bientôt 40 ans. Chaque année, des gens meurent suite aux mines qui se trouvent encore partout. On estime qu’il faudra encore plus d’un siècle pour trouver et désamorcer toutes ces mines. Il n’est guère possible d’exprimer toutes ses terribles expériences et impressions que j’ai encore en moi de cette époque-là. Nous avons vu et vécu toutes ses atrocités, pendant et après la guerre. C’est la raison pour laquelle je m’engage aujourd’hui pour les victimes de cette guerre, surtout pour les victimes de l’agent orange.
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| Le général de corps d’armée Nguyen Van Rinh, ex-vice-ministre de la Défense et chef de l’Association des victimes de l'agent orange/dioxine du Vietnam |
Journaliste: Pourquoi les Etats-Unis ont-ils utilisé cette terrible arme illégale dans la guerre au Vietnam?Nguyen Van Rinh: Ils ont répandu ce poison le long de la Piste Hô Chi Minh pour défolier les arbres afin de mieux pouvoir repérer et tuer les hommes. Ils l’ont utilisé avant tout dans la région frontalière du Laos, du Vietnam et du Cambodge. L’agent orange avait pour but la destruction de la forêt tropicale afin d’empêcher les indépendantistes vietnamiens de se cacher et d’évoluer sous son couvert végétal, mais aussi anéantir et empoisonner les ressources vivrières dans le but d’affamer les combattants et la population censée nourrir et renseigner la résistance.
Journaliste: Y a-t-il des régions qui sont tout spécialement touchées par les produits toxiques ou le poison s’est-il répandu dans tout le pays?Nguyen Van Rinh: Le poison a été répandu dans des régions, où il y a environ 30000 petits villages et où habitent entre 4 et 5 millions de personnes. Elles y étaient toutes directement exposées. Puis, il y avait aussi entre 1 et 2 millions de combattants qui y ont été exposés. Ainsi, on peut dire qu’aujourd’hui les victimes vivent dans tout le pays, dans le nord comme dans le sud. Mais la plus grande partie vit au Vietnam du Sud, car dans cette partie du pays, les Etats-Unis ont répandu le plus massivement leur poison. Les soldats nord-vietnamiens qui se battaient dans le sud étaient les plus touchés.
Les régions mentionnées sont toujours encore contaminées. Il y a encore certains points chauds, là où se trouvaient les bases américaines de l’armée de l’air. C’est là que le poison était entreposé. Ces régions sont fortement contaminées. La région toute entière l’est et en partie aussi les sols et la nappe phréatique. S’il ne se trouvait qu’à la surface, les restes auraient disparu après 20 ans, mais il se trouve dans les profondeurs des sols. Et l’on estime qu’il durera au moins 100 ans jusqu’à ce que ce poison se soit décomposé. Cela veut dire que de nombreuses personnes vont encore tomber malade et souffrir.
Journaliste: Quelles ont été les répercussions de l’utilisation de l'agent orange sur les humains et l’environnement? La guerre des Etats-Unis contre le Vietnam avec des armes chimiques a provoqué trois millions de victimes et des centaines de milliers de morts, surtout suite à l’utilisation de l’agent orange.
Le Rapport Stellman indique que jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens furent directement exposés à l’agent orange dans les villages au sud du Vietnam. Ensuite, l’hydrologie étendra le champ funeste du poison qui s’introduit dans la chaîne alimentaire. Aujourd’hui arrive la quatrième génération et les dégâts sanitaires sont toujours là, catastrophiques. Des centaines de milliers vivent aujourd’hui encore avec diverses graves maladies. La plupart des victimes, qui ont été exposées à ce poison il y a près de 40 ans, ont actuellement entre 50 et 70 ans, et elles souffrent de graves maladies. Elles sont les plus pauvres et vivent souvent dans des conditions absolument misérables.
Journaliste: L’utilisation d’armes chimiques par les Etats-Unis lors de cette guerre était une violation flagrante du droit international et ainsi aussi des Conventions de Genève, en d’autres termes, c’était un crime de guerre. Le pays et les victimes n’ont-ils jamais obtenu des dédommagements pour cette terrible injustice? Nguyen Van Rinh: Le gouvernement vietnamien a exigé des réparations du gouvernement américain et lui a demandé de couvrir les frais de traitements des blessés. Mais jusqu’à ce jour, les Américains n’ont rien entrepris pour améliorer les conditions de vie et les traitements médicaux des victimes.
Le 30 janvier 2004, l'Association des victimes de l'agent orange/dioxine du Vietnam (VAVA), a intenté un procès contre 37 compagnies chimiques américaines ayant fabriqué ce toxique. La pétition des victimes vietnamiennes avait été rejetée par la Cour d'appel fédérale de New York, bien que plusieurs recherches scientifiques comme les réalités prouvent un lien direct entre ces défoliants, les cancers, le diabète et les malformations congénitales. Cependant, ce procès a été gagné les résultats importants sur la société, l’humaine et un grand succès dans de nombreux aspects,…. Espérons que la date symbolique du 10 août 2011, Journée des victimes de l’agent orange sera l’occasion pour eux de tenir le rôle qui leur incombe, celui d’en parler réellement, régulièrement et d’une manière approfondie permettant d’alerter l’opinion publique afin qu’un jour justice soit rendue.
Le Vietnam déploie beaucoup d’énergie pour faire connaître et comprendre à l’opinion publique internationale les conséquences de l’agent orange, l’existence de centaines de milliers de petites victimes innocentes puisque nées plusieurs générations après la guerre. Une deuxième conférence internationale aura lieu les 8 et 9 août prochains à Hanoi. Elle réunira 150 délégués dont 80 étrangers, victimes, scientifiques, et représentants d’organisations internationales voulant une application non sélective du droit international.
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Les victimes vietnamiennes de l'agent orange/dioxine
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Journaliste: Le Vietnam a fait quoi pour surmonter les conséquences graves de ce toxique sur l’humain et l’environnement ? Au Vietnam il y a des programmes étatiques pour venir en aide à la population. Ce sont certainement d’énormes frais et un grand fardeau pour l’économie nationale, la santé publique et les affaires sociales. Le gouvernement vietnamien a développé divers programmes et idées, afin de mobiliser toute la société pour l’aide aux personnes dans le besoin. Il est très important que les victimes aient un soutien au sein de la société et reçoivent de l’aide efficace. Le gouvernement verse, uniquement pour les plus pauvres, 100 millions de dollars par année. Ces dernières années, les vétérans des Etats-Unis ont déjà financé des projets d'aide aux victimes mais cela reste largement insuffisant.
Sur l’environnement, le travail de décontamination est activement mis en œuvre. Les projets de restauration des forêts ont obtenu des résultats positifs dans les provinces de Dak Lak, de Quang Nam, de Thua Thien - Hue, de Dong Nai, de Binh Duong, de Can Gio et de Ca Mau...Actuellement, les Etats-Unis coopèrent avec le gouvernement du Vietnam dans un projet ''Traitement de l'environnement contaminé par la dioxine à l'aéroport de Dà Nang". Ce projet comprend le déminage, le traitement des terrains contaminés et leur réhabilitation. Il s’agit d’une nouvelle avancée dans les relations de coopération entre les gouvernements et les peuples du Vietnam et des Etats-Unis. Après Dà Nang, ce sera au tour d'autres points ''chauds'' comme les aéroports de Biên Hoà (province de Dông Nai, Sud) et Phu Cat (Binh Dinh, Centre) de faire l'objet d'une détoxication, toujours dans le cadre d'une coopération vietnamo-américaine.
Journaliste: A l’occasion du 51è anniversaire du début des épandages de l’agent orange/dioxine au Vietnam et la Journée pour les victimes de l’agent orange/dioxine du Vietnam (10 août), l’Association des victimes de l’agent orange/dioxine du Vietnam a prévu des activités spéciales ? Nguyen Van Rinh: Depuis début avril, nous avons préparé de nombreuses activités à cette occasion telles que offre de cadeaux à des victimes en situation difficile, lancement des programmes pour les victimes de l’agent orange/dioxine,…Particulièrement, l’Association, en coordination avec le Journal en ligne du PCV, organisera un événement intitulé "Adoucir ensemble la douleur de l'agent orange" avec de sensibiliser la populations et les amis internationaux sur cette catastrophe, mobiliser des ressources sociales pour s'occuper et aider les victimes, soutenir leur lutte ainsi que remercier les organisations et individus engagés dans ce combat. Ce programme sera retransmis en direct sur les chaînes VTV2, VTV4 de la Télévision du Vietnam le 10 août à 20h.
Journaliste: Un grand merci de nous avoir accordé cette interview.